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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 17:44

 

 

Une bonne nouvelle pour ce deuxième blog du deuxième confinement : un nouvel animateur prend la plume, après Jean Ma. C'est Alain, qui va nous parler de ses passions, la randonnée et la peinture, au travers d’une reconnaissance. Merci Alain pour cette belle entreprise.

 

VAUVENARGUES ET LA MONTAGNE SAINTE VICTOIRE :
La randonnée à la rencontre de l'art 

 

 

Dès le début de l’année prochaine et si les conditions sanitaires le permettent, je mettrais au programme du Cercle de Boulouris, cette magnifique randonnée G1 et une version adaptée, pour nos amis du G2.

Je ne peux pas parler de la Sainte Victoire sans parler de Paul Cézanne et, je ne peux pas parler de Vauvenargues sans parler de Picasso.
Tels seront donc mes propos dans ce blog.

 

Chapitre 1 - La Reconnaissance

 

En avant-première, découvrez maintenant la reconnaissance de cette randonnée faite avec Claude, Nadine et Jack, sur un circuit de 15 kms pour 750 m de dénivelée, au départ du charmant village de Vauvenargues.

 

 

Il fait frisquet (-1 degré), ce samedi 17 octobre 2020, sur le parking de Vauvenargues, face au Château de Vauvenargues, propriété de la famille de Picasso, perché sur un monumental rocher baptisé la tête du Marquis ...

Luc de Clapiers, Marquis de Vauvenargues, y vécut ses derniers jours, en 1747, après une carrière littéraire trop vite interrompue par une mort due aux séquelles d'une blessure de guerre. Ami de Voltaire, ce jeune homme d'une modeste famille noble aixoise, respecté pour sa noblesse de cœur et son courage, aura marqué ses contemporains par la justesse de ses cinglantes analyses du comportement humain, telles "les hommes ont de grandes prétentions et de petits projets" ou encore "on promet beaucoup pour se dispenser de donner peu"...
Beaucoup plus tard, Pablo Picasso, créateur génial et acharné, acheta en 1958 le superbe château qui, par le passé, avait été tour à tour propriété d'Hugues des Baux qui en fit don au Roy René avant qu'il ne devînt l'un des nombreux biens des puissants Comtes de Provence
.

La randonnée se présente en quatre parties, la montée aux crêtes de la Sainte Victoire par le sentier des Plaideurs, la balade en sommet jusqu’à la Croix de Provence, la redescente par le chemin des Venturiers et le retour vers Vauvenargues.

Le sentier des Plaideurs, qui  permet d'atteindre la crête de la montagne par la face Nord, traverse des milieux naturels variés (bois, garrigue, landes, pelouses de crêtes). Les habitants de Puyloubier utilisaient déjà cet itinéraire, au XVIIIe siècle, pour se rendre chez le Juge de Paix qui siégeait à Vauvenargues ! Les deux tiers du trajet se font donc en sous-bois, ce qui rend la montée particulièrement agréable ; mais, sur certains secteurs rocailleux, il y a quelques endroits escarpés qui méritent un peu d'attention.

Très rapidement on s'élève dans la forêt et, en se retournant, on découvre alors le village de Vauvenargues dans le fond de la vallée et sur la gauche, le lac du Bimont.

A l'arrivée au Col de Suberoque, après presque deux heures de montée, les vues sont superbes et  vertigineuses sur le côté Sud, abrupt : devant nous se dresse le Bau des Vespres (1010 m), plus haut sommet de la Sainte-Victoire avec le Pic des Mouches (1011m) situé derrière nous à l’Est.

Le bau des Vespres
Le pic des Mouches
Grâce au zoom, les sommets enneigés apparaissent!

En contre bas nous observons la barre circulaire du Cengle.

Nous  nous dirigeons plein Ouest, vers la Croix de Provence en suivant le GR9 qui se rapproche plus ou moins du bord des crêtes, en les contournant, avec des montées, des descentes et des cailloux. C'est la traversée du plan de la Crau parsemé de buis, avec ses lapiaz fissurés pas très agréables.

Le temps est idéal pour les nombreux parapentistes qui colorent un superbe ciel bleu.

On arrive alors à un cairn permettant de repérer le sentier du pas du Clapier réservé aux randonneurs qui n’ont pas le vertige !

Nous choisissons un promontoire proche du sommet du Signal pour notre pause pique-nique et admirons tous les massifs alentours, au Nord le mont Ventoux et les premiers sommets des Alpes avec le Massif des Ecrins, au Sud la Sainte Baume, le Mont Aurélien, le massif de l’Etoile …

 

Peu avant d'arriver à la Croix de Provence, nous découvrons un tunnel qui semble avoir été creusé sous cette Croix. En fait il ne s'agit que du Garagaï ... le départ (ou l’arrivée) de 2 sentiers (difficile et très difficile avec équipement obligatoire). Là encore, ce n’est pas pour nous !

 

 

 

Nous sommes à la Croix de Provence.

En se retournant, au pied de la Croix, d'un coup d'œil, on mesure le long chemin parcouru sur la crête qui nous a offert de si beaux panoramas !

 

 

 

Il ne nous reste plus qu'à faire une petite halte au Prieuré avant de redescendre, vers la droite en suivant le GR 9, par le chemin des Venturiers  jusqu'à une barrière, aux Cabassols.

Ce sentier très agréable, sans difficulté, bien bordé par des murets de pierre se transforme en piste nivelée et partiellement bétonnée jusqu’à la barrière.

Une dernière vue sur la Croix et le Prieuré

 

La dernière partie de notre retour passe par un petit sentier bucolique, à proximité d’un champ de lavande, qui longe un ru à sec et remonte jusqu’à un portail ouvert, à proximité des terrains de tennis, jusqu'au centre de Vauvenargues.

Nous admirons une nouvelle fois, avec une belle lumière de fin d’après-midi, toute cette face nord de la Sainte Victoire.

 

Nous rejoignons le parking, heureux de cette belle journée.

 

En souvenir une photo que j’ai prise le 2 mars 2017, lors de la randonnée de Jean-Louis à la Croix de Provence par le sentier Imoucha au départ du lac du Bimont.

 

 

 

*****

 

On ne peut pas crapahuter sur la Sainte Victoire sans évoquer les chefs d’œuvres de Cézanne et ceux de Picasso à Vauvenargues.

Chapitre 2- L'obsession de Paul Cézanne pour la Sainte-Victoire.

 

Auto-portrait

C’est essentiellement dans la dernière partie de sa vie, entre 1882 et 1906 (année de sa mort) que Paul Cézanne se prit de passion pour la montagne Sainte-Victoire.

Durant cette période, le massif rocailleux servit de fil rouge à sa peinture.

Aix-en-Provence, la ville-musée, la cité comtale, ne l'intéresse pas. C'est vers la nature qu'il s'évade, comme pendant ses années collège où avec ses Inséparables, quand le temps ne leur était pas mesuré, ils s'aventuraient sur les contreforts de la Sainte-Victoire.

 "Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte-Victoire" écrivait-il, "parce que je l’imaginais l’ombre concave, comme les autres qui ne regardent pas, tandis que, tenez, regardez, elle est convexe, elle fuit de son centre. Au lieu de se tasser, elle s’évapore, se fluidise. Elle participe toute bleutée à la respiration ambiante de l’air."
 

 

La Sainte Victoire vue du secteur de Gardanne
La Sainte Victoire et le viaduc de l'Arc

 

Il place la Sainte Victoire d'abord à l'arrière-plan de ses tableaux, comme si elle l'intimidait. Puis, il s'en rapproche, l'apprivoise et finit par la placer au centre de ses toiles.

Grâce à elle, sa façon de peindre évolue, les formes se simplifient, ce qu'il dessinait autrefois avec précision devient suggéré par son pinceau.

 

Le face à face entre la Sainte Victoire et sa palette se métamorphose en épopée sublime. Pour capter sa lumière sans cesse changeante, sa palette de couleurs infinie allant de l'ocre au bleu ciel, il l'a représenté sur 87 tableaux, 44 huiles et 43 aquarelles.

 

S'aventurant sans cesse sur les chemins, principalement celui des Venturiers au Prieuré du sommet, comme nous l’avons fait ce jour, Paul Cézanne écrira "Là, je suis bien, je vois clair, il y a de l'air".

Il révolutionne la peinture et préfigure l'Art abstrait. Entre la Sainte-Victoire peinte en 1887 et celle réalisée vingt ans plus tard, il y a des années de recherche autour des volumes, de la lumière. Ce qui était dessiné avec une certaine précision devient suggéré par le pinceau de l’artiste qui voulait rendre l’émotion de la lumière.

Paul Cézanne - Montagne Sainte-Victoire (1887) - Courtauld Institute of Art - Londres

 

 

Paul Cézanne - Sainte-Victoire vue des Lauves (1904-1906) - Kunstmuseum Bâle

 

Paul Cézanne - Sainte Victoire (1905)  Zurich

 

Notons que Cézanne a toujours peint la Sainte-Victoire depuis l'ouest, à l'exception des toiles de Gardanne au sud. Ainsi ses toiles nous montrent toujours sur la gauche la crête de Costes Chaudes, puis la pointe de la Croix de Provence (qu'il n'a jamais représentée !) et le Signal, de forme étonnamment arrondie à sa droite et plus ou moins écarté suivant l'angle où on se trouve, avec sur le bas à droite l'oppidum de Saint-Antonin. Le 15 octobre 1906, il est surpris par un orage violent alors qu'il est en train de peindre. Continuant son œuvre sous la pluie, il fait une syncope et mourra d'une pneumonie, huit jours plus tard à 67 ans, au pied de son adorée Montagne. Une fin comme il l'avait imaginé, puisqu'il souhaitait mourir en peignant. Deux destins liés qui se sont mutuellement enrichis dans cet affrontement. Elle est devenue ce qu'il lui a confié. Une place pour l'éternel, Cézanne et Sainte-Victoire unis.

 

Chapitre 3 - Vauvenargues et Pablo Picasso

 

Auto-portrait
Pablo Picasso en 1962

Pablo Ruiz Picasso, né à Malaga, en Espagne, le 25 octobre 1881 est mort le 8 avril 1973, à l’âge de 91 ans, à Mougins. Il a produit près de 50 000 œuvres dont 1 885 tableaux, 1 228 sculptures, 2 880 céramiques, 7 089 dessins, 342 tapisseries, 150 carnets de croquis et 30 000 estampes…

Considéré comme un des plus grands peintres de l'histoire, Pablo Picasso a laissé multitude de chefs d'œuvres  dont ceux de Vauvenargues.

Alors qu'il vit dans sa villa «La Californie» de Cannes sur la Côte d'Azur, avec vue panoramique sur la baie de Cannes, Pablo Picasso a un coup de cœur pour ce château de Vauvenargues, qu'il achète en septembre 1958, avec 1 110 hectares de la montagne Sainte-Victoire (tout le versant nord) voisin de hauts lieux d'inspirations de la vie et œuvres de Paul Cézanne.

Il y installe entre 1959 et 1962, son atelier d'artiste, avec sa muse des lieux et dernière épouse Jacqueline Picasso, et son importante collection d'art personnelle (des Cézanne, Matisse, Renoir, Degas, Miró, Modigliani, Vuillard, Le Nain...).

 

On s'est éloigné des mondanités cannoises. On déballe. On est heureux. On le sera tout le temps, finalement assez court, que durera cette nouvelle vie avec Jacqueline. Car il ne s'agit pas d'un simple séjour mais d'une installation que le couple veut définitif.

 

 

En juin 1961, c'est la peur de la maladie qui contraindra le peintre à se rapprocher des médecins de la Côte d'Azur en allant habiter à Mougins.

Les paysages de la Sainte Victoire lui rappellent des souvenirs nostalgiques de son Espagne andalouse natale qui lui inspire une série d'œuvres peintes à Vauvenargues.

 

 

 

 

 

Picasso est très influencé par l'œuvre artistique locale de Cézanne, qu'il considère comme son maître.

Il cite à son ami Brassaï « Il était notre père à tous », et « J'habite chez Cézanne ».

Lorsque Picasso téléphone à son marchand d'art Daniel-Henry Kahnweiler en lui disant « J'ai acheté la Sainte-Victoire de Cézanne. », celui-ci lui demande laquelle, pensant à un tableau, « L’originale » lui répond Picasso.

A 80 ans, il dédie le domaine à sa jeune épouse Jacqueline, en peignant le portrait Jacqueline de Vauvenargues, nouvelle maîtresse des lieux.

C’est d’abord un énorme buffet noir acheté par le peintre qui va devenir un élément essentiel de cet univers de Vauvenargues, pas moins de sept versions, dont de grands formats. "Une cochonnerie Henri II, rien de plus. Mais comme c’est beau !" dira Picasso. Ce buffet est encore en place dans le château. Les tableaux qu’il peint durant cette période sont empreints de la nostalgie de son pays. Les rouges, les jaunes, les verts, couleurs caractéristiques de l’Espagne, dominent ses toiles, notamment la série des natures mortes avec pour objet principal une mandoline achetée à Arles puis son interprétation du Déjeuner sur l’herbe de Edouard Manet.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est sur la terrasse au pied de l’escalier principal du château de Vauvenargues, que reposent Pablo Picasso, décédé en 1973 et Jacqueline Picasso qui s’est suicidée en 1986.
Actuellement propriété de Catherine Hutin-Blay, fille de Jacqueline, héritière de Picasso, le château n’est plus visitable.

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Merci à Claude, qui a monté le  blog de cette belle randonnée, comme je les aime et comme j’aime à vous les faire partager.

 

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