2025-05-22 629-2 Castelaras -Thorenc Station
2025-05-22 629-2 Castelaras -Thorenc Station
Il fait encore frais lorsque 15 randonneurs (dont 8 randonneuses) se retrouvent sur le vaste parking au pied du village, au bord du lac éponyme. Nous sommes à 1145 mètres d’altitude.
Thierry, l’animateur du jour présente la randonnée.
Il s’agit de la version G2 d’une G1 qu’il a menée l’an passé. Celle-ci faisait 16 kilomètres et 643 mètres de dénivelé. Il existait un parcours G2 mais ce dernier n’est plus praticable en raison de la privatisation de certains endroits, et ne passait pas par le village, ce qui est dommage, d’où ce nouveau tracé.
Il est prévu de faire 11,57 kilomètres et 400 mètres environ de dénivelé. Peut être que ce dernier chiffre aura fait renoncer certains randonneurs à ce beau parcours.
A 10 heures le groupe se met en route.
Passé le lac et ses aires de piquenique un gué apparait.
Heureusement une passerelle dissimulée sur le côté nous dispensera de mouiller les chaussures.
Un lac artificiel fût réalisé en 1902 pour accueillir les touristes étrangers et les parisiens en quête de vie dans les « petites alpes », pleines de fantaisies. Le « Bon Air » de ce terroir étant si propice à une bonne santé par la pratique du canotage, du patinage ou du curling.
La montée débute rapidement et la pente augmente. Une première pause boisson et effeuillage est nécessaire, mais tout le monde grimpera, chacun à son rythme.
Nous aurons gravi 180mètres en arrivant au col de la Baïsse
pour la pause banane.
Nous nous trouvons à un carrefour ou se rejoignent six pistes et si le fléchage est particulièrement bien fait dans les Alpes Maritimes
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_4635f0_photo-11.jpg)
nous prenons le seul chemin sans aucune indication.
Nous progressons sur un très agréable sentier en sous-bois parsemé d’aiguilles de sapin et bordé de fleurs multicolores dont des polygales.
Par les trouées entre les sapins nous profitons d’une belle vue sur la montagne de Thorenc au nord, le pic de l’Aiglo, le village et la vallée de la Lane
Au détour du bois, nous débouchons dans une belle petite clairière où l’herbe bien verte incite au piquenique et à la sieste.
Mais c’est un panorama spectaculaire qui s’offre à nous avec le Castellaras qui nous domine du haut de ses 1400 mètres.
La question qui fuse immédiatement est
« C’est là-haut que nous devons aller ? »
La réponse est directe : "Les G1 l’ont fait, les G2 en sont aussi capables et en outre c’est là-haut que nous déjeunerons".
Une petite descente nous amène au pied du chemin caillouteux à souhait qui mène au sommet.
En fait la pente est plus douce qu’attendue,
la vue des murailles permet d’apprécier la progression.
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_eb4129_photo-12-1.jpg)
Le Castellaras est un piton rocheux de 1400 m d'altitude dominant les alentours. Son sommet est formé d'une vaste plate-forme ceinturée d'à-pic ou de barres rocheuses. Ce lieu, naturellement défendu, a été renforcé aux points faibles par une muraille aujourd'hui ruinée qui, par endroits, a encore plus de 5 mètres de hauteur. Le site couvre une surface d'environ 7 500 m2 occupée par les ruines d'une grande bâtisse dite le Château, dont les murailles semblent dater du XIVe siècle, d'un bâtiment rectangulaire (écurie ou bergerie), d'une citerne et d'une chapelle romane du XIIe siècle. Au pied des murs, en bas de la pente et le long du chemin de viguerie, des paysans s'étaient regroupés dans un hameau. Situé sur un ancien oppidum celto-ligure en bordure de la voie Ventiane qui reliait Cemelenum (Cimiez) à Castellane en passant par Vintium (Vence) ainsi que d'un grand chemin reliant Grasse à Entrevaux alors connu sous le nom de viguerie. Le premier document relatif au site date de 1200 et mentionne "le castrum de Thorenc". En 1263, un autre texte fait état de 18 feux (foyers) sur le castrum. La vie locale est alors essentiellement pastorale. De nombreuses grottes barrées situées dans une falaise au sud-ouest du site ont pu servir de bergeries ou d'habitations. Le hameau a été ruiné en 1391 au cours des luttes entre les successeurs de la Reine Jeanne. Le relief escarpé du site a favorisé son abandon pour la vallée voisine de la Lane, dans les Haut et Bas Thorenc. Le 2 janvier 1837, le cadastre de la commune d'Andon comprenant le lieu-dit Castellaras y fait état de 135 hectares répartis en 92 ha de bois, 2 ha de terres cultivées, 35 ha de pâture et 6 ha de ruines, dont celles d'une église, d'un ancien château et d'une chapelle.
Arrivés à la Statue de la Vierge et au point géodésique,
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_1b945b_2025-05-22-castelarac.jpg)
le souffle est coupé non par l’effort mais par la vue à 360°.
Le Pic de Bauroux, l’Audibergue et ses pistes de ski empruntées lors des randonnées restaurant.
La montagne de Thiey, les plateaux de Caussols et de Calern, le Gros Punch et le Cheiron. Au loin, encore enneigé, le Mercantour est à nos pieds, le parc animalier de la Réserve Biologique des Monts d’Azur.
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_4b3f19_photo-15-1.jpg)
Nous profitons aussi du lieu pour prendre la photo de groupe.
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_9f1166_photo-17.jpg)
Nous cherchons un endroit un peu abrité du vent et exposé au soleil pour déjeuner.
Le repas sera terminé par un festival de chocolat et autres biscuits ainsi que par quelques acrobaties.
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_7d6d49_equilibre.jpg)
L’histoire de la vierge est singulière.
On croirait presque revivre les scènes des duels croustillants entre Peppone et Don Camillo, immortalisé dans les années 50 par Julien Duvivier. Un adepte de la Libre-pensée, également épris de randonnée, s’est retrouvé cheminant dans le secteur du Castellaras de Thorenc, situé sur la commune d’Andon. "Et là, s’offusque-t-il, nous avons découvert avec indignation que le site avait été dégradé du fait de l’implantation récente d’une statue à caractère religieux."
Une "servitude d’utilité publique"
De là à alerter les instances de la Libre-pensée du 06, il n’y a qu’un pas que notre homme franchit avec la célérité d’un marcheur. Il se trouve, notent de concert le président départemental, Pierre-Jean Faugier, et son représentant local, Simon Guérin, que "le Castellaras de Thorenc est un vestige du Moyen Âge. Il fait l’objet d’une inscription au titre des Monuments historiques depuis le 28 mars 1991 et bénéficie donc d’une reconnaissance d’intérêt public, ce qui constitue une servitude d’utilité publique."
Les Libres penseurs ne font pas que penser. Ils écrivent aussi. À la mairie d’Andon, en l’occurrence Michèle Olivier, pour l’interpeller et la questionner. Ce qu’ils veulent savoir, c’est si l’implantation de cette statue [une représentation de la Vierge, Ndlr] a été faite avec ou sans son accord et celui du conseil municipal ; les actions que la commune d’Andon a l’intention de mettre en œuvre pour faire retirer ce qu’ils qualifient "d’implantation intempestive défigurant un site historique, contraire aux lois et règlements en vigueur » ; et les dispositions prises pour "prévenir de tels actes de brigandage" (sic) et pour "protéger le patrimoine de telles provocations."
Pour étayer leur propos, Pierre-Jean Faugier et Simon Guérin se retranchent derrière un article de loi. Celle de 1905, sur la séparation des Églises et de l’État. Qui dit ceci: "Il est interdit d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions."
Et ils préviennent Michèle Olivier: "Faute de votre part, de faire retirer cette profanation (re-sic) dans les meilleurs délais et du rétablissement des lieux en leur état initial, nous nous réservons le droit de saisir les tribunaux pour demander à la fois condamnation et réparation."
"Ce n’est pas une lubie"
Direction Andon pour recueillir l’avis de l’intéressée... Celle-ci, bien sûr, connaît parfaitement le site. Elle le fréquentait même, nous dit-elle, "toute petite, accompagnée de mes grands-parents et je me souviens qu’il y avait déjà une statue." Celle de Notre-Dame de Castellaras, présente depuis des lustres sur un petit promontoire.
Remplacée voici une quinzaine d’années, sa copie a été vandalisée. Puis a de nouveau été remplacée par la Vierge actuelle qui a pris la relève. "Elle est en bois, mesure une cinquantaine de centimètres et a été sculptée par un habitant de Thorenc", précise Michèle Olivier. Qui assume parfaitement cette réinstallation.
"Ce lieu a toujours été plus ou moins religieux. Il y a une chapelle et le curé, chaque année, y célèbre une messe. J’ai effectivement donné mon accord pour que cette statue soit mise en place. Mais ce n’est pas une lubie de ma part et je respecte la laïcité."
L’histoire, en tout cas, risque de faire grand bruit dans le haut pays grassois. Car si les Libres penseurs comptent saisir la Justice, l’élue, elle, a aussi du répondant. Que la Vierge lui en soit témoin. (Nice Matin 14-03-2019)
Le retour se fera avec prudence, certains ou certaines se méfiant des pierres que roulent dans les descentes mais tout se passera sans incident.
A présent c’est une belle descente dans le vallon de l’Ubac des Quatre Tours qui nous attend.
Là aussi la prudence est de mise car la piste est en partie faite de tous petits cailloux roulants.
Le passage est assez surprenant et fait un peu penser au Colorado Provençal.
Il nous faudra marcher 700 mètres en bord de route, la D2 qui relie Vence à Castellane par le Parc Naturel Régional des Préalpes d’Azur avant de rejoindre une piste bordée de feuillus et de propriétés privées.
Ce sont toutes les clôtures installées sur les bords de la rivière Lane qui ont nécessité un nouveau dessin de cette randonnée.
La belle piste devient rapidement une trace parmi les herbes folles et pourtant c’est bien un chemin référencé sur les cartes IGN.
Il faudra franchir un petit gué certains sauterons de pierres en pierres,
tandis que d'autres profiteront d’un tronc placé en travers pour passer .
Nous approchons du château des Quatre Tours que nous tangenterons.
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_e85b4e_chateau.jpg)
(Source : Internet)
Juste avant Thierry nous parle de son histoire ainsi que des commentaires de son propriétaire sur le blog du cercle.
En 1542, on voit apparaître une branche de Villeneuve-Thorenc avec Claude Ier. Ses descendants ont aussi été seigneurs de Saint-Jeannet et gouverneurs de Saint-Paul-de-Vence. Claude Ier de Villeneuve-Thorenc vend, en 1539, le château des Quatre-Tours à Rascas, seigneur du Muy. Il fait construire un nouveau château au Haut-Thorenc. Antoine de Russan, dit Virnasse Seigneur de Thorenc, de la Malle et de Pignans, aurait acheté la seigneurie de Thorenc aux Rascas du Muy vers 1515, (les Rascas auraient eu besoin d'argent pour suivre François Ier à la guerre. Ils tenaient Thorenc de Charles d'Anjou (après avoir appartenu aux Templiers). C'est lui qui a fortifié et rénové le château. Ce château a appartenu ensuite aux Raymond d'Eoulx, aux Puget de Clermont, de Calvy, de Saint-André et au comte de l'Estang-Parade.
Vers 1515, les Russan originaires de Grasse (Simosse dit de Russan, marchands juifs convertis, 3e fortune de la ville au XVe siècle, certainement venu de Russan près de Nîmes), sont coseigneurs de Thorenc et possèdent une terre au Bas-Thorenc. Un acte du 26 août 1520 enregistre l'accord de partage des terres de Thorenc entre Antoine de Villeneuve (du Haut-Thorenc) et Antoine de Russan (du Bas-Thorenc). En 1640, au mariage d'Honorade de Russan, les Russan étaient toujours seigneurs de Thorenc. En 1624, Antoine III de Russan, sieur de Thorenc, marie sa fille Gasparde « acte, faict et publié audit lieu de Thorenc et dans la salle de la maison et chasteau du Sieur de Thorenc ». (On peut donc être un peu sceptique quant à la vente du château des Quatre-Tours aux Villeneuve en 1560 puisque dans la famille Russan de 1515 à au moins 1624) Note 3
Antoine de Grasse hérite des terres des de Russan et forme la lignée des Grasse-Thorenc possédant une part des terres de Bas-Thorenc, l'autre part a appartenu aux Grasse-Saint-Cézaire. Le fief des Grasse-Thorenc est acheté par les Lombards d'Amirat en 1632. Il est vendu en 1708 à Paul de Théas, seigneur de Caille. Le mariage en 1746 d'Anne-Marie, sœur de François de Théas-Thorenc, avec Albert de Durand de Sartoux fait entrer le château de Baraque dans la famille Durand de Sartoux. Le château des Quatre-Tours est vendu, vers 1560, par Rescas, seigneur du Muy, aux Villeneuve-Mons, puis passe dans la famille Villeneuve-Bargemon. Au milieu du XVIIIe siècle, les héritiers de ces derniers vendirent cette part du fief à Claude de Fanton, seigneur d'Andon, conseiller du roi en la sénéchaussée de Grasse.(Source Wikipédia).
Passé ce lieu chargé d’histoire, nous entrons dans le village de Thorenc.
C’est un endroit plein de charme suranné, un peu fantomatique d’environ 300 âmes actuellement.
Il a connu son heure de gloire à la fin du XIXe siècle et au début du XXème siècle avec ses hôtels et bâtisses d’inspirations suisse et russe. Il était d’ailleurs surnommé la Petite Suisse.
/image%2F0636335%2F20250529%2Fob_231e69_photo-32.jpg)
Les riches touristes parisiens, anglais ou russes y séjournaient en été pour fuir les chaleurs du bord de mer ou en hiver pour profiter des activités sportives de glisse. Il aura accueilli, entre autres, Goethe et Guy de Maupassant.
Pour en savoir plus sur l’histoire particulière de ce village, nous vous invitons à suivre le lien du Village de Thorenc
En sortant du village nous nous arrêtons encore une fois pour admirer au loin la forteresse du Castellaras en nous disant que nous y étions il y a très peu de temps.
Une dernière descente se terminant par un peu de hors-piste nous ramène aux voitures.
Le temps de ranger nos sacs, de changer de chaussures, et nous marchons encore une centaine de mètres pour rejoindre les restaurant la Flambée du Lac pour y prendre notre traditionnel pot.
Pour finir nous aurons parcourus 12 kilomètres.
Sur ce point les animateurs présents seront d’accord entre eux. En revanche le traditionnel débat sur le dénivelé aura lieu comme toujours.
Aussi nous retiendrons le dénivelé officiel, celui enregistré par Thierry, l’animateur de jour, et ce sera 458 mètres.
Tous les randonneurs et randonneuses sont fiers de leur performance et se disent que finalement ce n’était pas si difficile que cela.
Ce fût un très beau parcours dans un cadre différent de ceux que nous voyons le plus souvent avec en plus une météo idéale.
Photos : Frédérique L., Denis B., Michel B. et Thierry P.
Texte : Thierry mise en forme Véronique